À la une, Décryptage • 27 décembre 2025 • Karfala Aminata CONDE
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Pour le général Mamadi Doumbouya, l’enjeu est on ne peut plus clair : légitimer son pouvoir. (Photo : AFP/Patrick Meinhardt)
Les Guinéens sont appelés aux urnes dimanche prochain pour élire leur nouveau président de la République. Neuf candidats sont en lice, mais contrairement aux apparences, le scrutin ne se joue pas autour d’une multiplicité d’enjeux. En réalité, deux enjeux majeurs structurent cette élection et diffèrent profondément selon que l’on se place du côté du pouvoir ou de celui de l’opposition.
Un scrutin à lecture différenciée
Il serait illusoire de croire que l’enjeu principal de cette présidentielle réside simplement dans la victoire ou la défaite électorale des candidats. Le véritable sens de ce scrutin dépasse la logique classique du « qui gagne » et du « qui perd ». En effet, à y voir de près, ce scrutin s’inscrit dans une dynamique politique plus profonde que nous allons tenter de comprendre ici.
Pour le pouvoir, la quête de légitimité
Pour le général Mamadi Doumbouya, l’enjeu est on ne peut plus clair : légitimer son pouvoir.
Comme de nombreux dirigeants arrivés aux affaires à la suite d’un coup d’État, le pouvoir de Conakry cherche à transformer une légitimité de fait en une légitimité populaire, à travers l’organisation d’un scrutin présidentiel. Son objectif est de s’inscrire dans une normalisation institutionnelle en obtenant l’aval des urnes.
Il ne s’agit pas ici de juger la pertinence ou la moralité de cette démarche, mais d’en souligner les limites symboliques. Il faut comprendre qu’en dépit d’une éventuelle victoire électorale, l’image du général reste indissociable de son origine militaire et des circonstances de son accession au pouvoir.
L’histoire politique guinéenne offre un précédent éclairant : Lansana Conté, bien qu’élu à plusieurs reprises, est resté dans la mémoire collective comme un militaire ayant chapardé le pouvoir et gouverné par la force. Le passage par les urnes n’a jamais totalement effacé cette perception.
L’enjeu de l’opposition : le leadership politique
Du côté des challengers du général Doumbouya, la lecture du scrutin est tout autre.
Tous les candidats savent que leurs chances de remporter l’élection face à l’appareil du pouvoir sont nulles. Dès lors, l’enjeu principal n’est pas la victoire, mais la recomposition du leadership de l’opposition.
Autrement dit, il s’agit moins de battre le candidat du pouvoir que de s’imposer comme la principale figure de l’opposition guinéenne à l’issue du scrutin.
Cette bataille entre opposants se cristallise essentiellement autour de deux candidats.
Le premier, Dr Faya Millimono du BL, fort d’un passé électoral solide — le plus consistant parmi les challengers du GMD — et reconnu comme l’une des figures les plus crédibles de l’opposition face au pouvoir en place.
Le second, Abdoulaye Yéro Baldé du Frondeg, mène une campagne d’un autre registre, portée par un projet structuré, un parcours jugé irréprochable et une forte sympathie au sein de la sphère numérique guinéenne.
Au-delà du vainqueur, le véritable verdict des urnes
Ainsi, après le scrutin de dimanche, l’attention ne se portera pas sur l’identité du vainqueur, déjà connue de tous. Au contraire, elle se portera sur deux indicateurs qui demeurent incertains.
D’abord, le score obtenu par le général Doumbouya. Ce score sera particulièrement scruté, car il constitue la véritable mesure de la capacité du pouvoir de Conakry à asseoir sa légitimité.
Ensuite — et de loin le plus important — l’identité du candidat arrivé en deuxième position. Celui-ci pourrait en effet émerger comme le nouveau chef de file de l’opposition guinéenne.
En définitive, après la mise hors compétition d’Alpha Condé, de Cellou Dalein Diallo et d’autres figures majeures de l’échiquier politique, l’élection présidentielle de dimanche apparaît moins comme une compétition ouverte qu’un moment charnière de repositionnement politique pour les adversaires du général Mamady Doumbouya.
Karfala est politologue et auteur du livre « UNION AFRICAINE, ce que je veux pour l’institution ».
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