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Mamadi Doumbouya : Architecture d’un parjure annoncé

À la une, Décryptage, Engagement politique en Guinée • 27 décembre 2025 • Alpha Seck

⏳ 10 min de lecture

Mamadi Doumbouya : Architecture d’un parjure annoncé

Tu connais ton peuple.

 La lumière des caméras t’éblouit.

Les micros des télés et radios se bousculent pour capter le son le plus clair possible. C’est celui d’une voix, encore étrangère au grand public. C’est la tienne.

Tes yeux hagards témoignent d’une situation longtemps préparée. Longuement réfléchie. Tant et si bien que, ébahi de la vivre, l’euphorie te gagne. Tes mains gantées échouent (déjà) à laver le sang versé qui t’a permis d’être là, à cet instant que l’on sait décisif pour le pays.

Nous sommes le 5 septembre 2021. Tu viens de réussir un coup d’Etat dans ton pays d’origine, la Guinée. De toi, nous ne savions que peu de choses. Dans l’imaginaire collectif, l’on se rappelait simplement cette image de toi, trois ans plus tôt, lors d’un défilé organisé au stade du 28 septembre. Grand, fort et vraisemblablement déterminé, tu avais su, d’emblée, attirer notre attention. Par tes pas nonchalants à la tête de ce groupement des forces spéciales que nous découvrions alors, tu avais fait naître en nous un sentiment que, depuis, tu t’emploies méthodiquement à broyer : celui de la sécurité.  D’ailleurs, n’était-ce pas pour cela que l’homme que tu viens de déloger du palais présidentiel t’avait tendu la main ? Car aujourd’hui, la vérité s’impose. Ancien caporal de la Légion étrangère, tu cherchais moins la gloire que l’absolution. Et nul n’ignore que ceux qui s’y engagent ne sont pas des enfants de chœur : certains fuient la misère, d’autres sont en rupture sociale ou famille. Tous sont à la recherche d’un sens à leur vie ; d’une voie plus noble à emprunter dans le chaos de leur existence. Mais cela importe peu, au fond. Car après tout, qui sommes-nous pour dédaigner ou, pire, juger un homme qui essaie simplement de s’en sortir ? Tu as tracé ta voie, écouté le son du tam-tam de ton destin et eu le courage de tes ambitions. In fine, tu t’es tenu droit face à l’adversité.

Tu le sais : si tout le monde acclame ton putsch, c’est parce qu’il revêt une cape solide tissée moins par l’adhésion que par l’épuisement d’un peuple fatigué. Le contexte t’était favorable car le troisième mandat arraché et toutes les voies légales vidées de leur sens, la dictature d’Alpha Condé semblait définitivement s’inscrire dans cette culture de « koudéisme » qui nous colle à la mémoire. Effacés, nous nous pensions condamnés à vivre sous le joug d’un énième président jusqu’à sa mort.

Tes premières actions, si elles nous ont quelque peu rassérénés, n’ont cependant pas tardé à nous avertir de la suite. Elles occultent à peine la volonté d’un homme sûr de sa stratégie qu’il est impossible de ne pas imaginer ficelée avec le pragmatisme d’un officier digne de ce nom, lequel a appris à identifier une menace pour l’éliminer.

Tu es un fils du pays, tu connais ce peuple et ses traditions. Tu sais où gît sa corde sensible. Alors tu n’hésites pas à l’attaquer sur son terrain le plus fragile : celui de l’ethnie. Ainsi donc, pour amadouer la Basse-Côte, tu offres à ton nouveau-né un prénom lourd d’histoire : Lansana. Un clin d’œil appuyé à Lansana Conté, comme si un nom pouvait suffire à solder les mémoires. Pour espérer les bonnes grâces du Manding (car en être issu ne garantissait rien), tu poses un geste hautement symbolique : tu restitues à la veuve de Sékou Touré les cases de Bellevue, comme on rendrait un héritage confisqué au nom d’une réconciliation tardive. Et pour ne pas froisser le Foutah ni la Forêt, tu choisis l’économie du geste parfait, frappant d’une seule décision deux sensibilités à la fois : Mohamed Béavogui est nommé Premier ministre. Tout est calcul, tout est message. Chacun de ces actes posés est une phrase dans ce discours tacite que tu adresses à la nation entière, déjà convaincu qu’en Guinée, le pouvoir ne se prend pas seulement par les armes, mais aussi par les symboles.

Seulement voilà. À force de vouloir « refaire la Guinée », tu la prends de vitesse. Le radicalisme te rattrape, s’infiltre dans tes décisions, et déborde ta promesse initiale de refondation. Quitte à réveiller des haines que le temps n’avait jamais vraiment apaisées, tu décides de renommer l’aéroport de Gbessia au nom de Sékou Touré. Ton Premier ministre, lequel se trouve lié par le sang et par l’histoire à Diallo Telli (victime phare de la dictature du « père de l’indépendance »), se retire timidement, blessé dans sa mémoire.

Autour de toi, les regards changent. L’enthousiasme cède la place à l’inquiétude. Certains y voient déjà les prémices d’un pouvoir dur, vertical, autoritaire. Parmi eux, une voix se fait plus insistante : celle de Tierno Monénembo, qui s’alarme, lucidement, de la direction que prend ton règne.

Mais toi, tu ne trembles pas. Tu ne transpires pas. Tu ne recules pas. Tu tiens.

Fort de ton « ni moi, ni aucun membre de la transition ne sera candidat à quoi que ce soit », tu sais pourtant qu’aucun dessein de cette ampleur ne s’accomplit sans contrainte. Pour aller au bout de ton plan, la force s’impose. Qu’elle soit physique ou administrative, elle devient une nécessité. Une évidence même. Bien sûr, il y aura d’abord des voix dissonantes. Quelques irréductibles, pas encore entrés dans « l’esprit », protesteront, s’indigneront, s’agiteront. Puis la réalité les rattrapera. Le poids du quotidien, la fatigue de lutter, la peur de perdre. De perdre la vie. Alors ils se tairont. Ou mieux encore : ils se rallieront. Car tu le sais au fond, tu connais ton peuple. Tu l’as observé, éprouvé, compris. Et tu avances, certain que le temps, comme toujours, finira par travailler pour toi.

La manœuvre commence par la fermeture des grands médias privés : Hadafo Médias, Djoma Médias et Fim FM entre autres, se voient leurs licences retirées. De fait, tu crées un désert d’information pour que seule ta voix soit audible. Et ça marche. Le silence, une fois installé, devient docilité.

Viennent ensuite les arrestations et les disparitions. Journalistes critiques et activistes populaires sont particulièrement visés. Foniké Menguè, Billo Bah, Habib Marouane, Sadou Nimaga et bien d’autres sont enlevés, souvent la nuit, par des hommes cagoulés. Puis, plus rien. Des mois passent. Aucune preuve de vie. Et aux familles des concernés, tu offres ce que tu maîtrises le mieux : le mutisme. Et pendant que l’angoisse ronge les proches, l’un de tes ministres, Ousmane Gaoual, se charge de normaliser l’inacceptable. Les adultes, dit-il, ont le droit de disparaître. Ainsi se banalise l’effacement, et avec lui, la peur s’installe durablement dans la conscience collective.

Et puis, retranché derrière ton pouvoir, tu n’as pas oublié les cadors de la vie politique guinéenne. Tu les as laissés venir à toi, t’adresser leurs félicitations, t’offrir leurs louanges, applaudir ton geste avec une ferveur presque obséquieuse. Ils proclamaient la nécessité de ton action, l’urgence de la rupture, la grandeur du sacrifice. Mais toi, déjà, tu voyais plus loin.

Car dans le creux de leurs discours mielleux, se nichait une attente que tu percevais : merci, monsieur l’officier, d’avoir pris les risques ; maintenant, rendez-nous le pouvoir que vous venez de conquérir. Comme ils te faisaient rire ! Et tu t’es surpris à penser, mi-moqueur, mi-résolu : ils s’imaginent quoi, ces vieux ? Alors tu as tranché. Tu les as contraints à l’exil, sous la menace d’une justice dont chacun sait qu’elle s’est, depuis longtemps déjà, rangée à ta cause. Les procédures se sont accélérées, les accusations se sont empilées, et les départs se sont faits dans l’urgence et la peur.

Tu n’as d’ailleurs éprouvé aucune difficulté à faire raser le domicile de Cellou Dalein Diallo, pour y ériger une école et ce, avant même que la justice n’ait pris la peine de se prononcer. Le fait accompli aura tenu lieu de verdict. Et le message, lui, était limpide : désormais, l’autorité ne se discute plus, elle s’impose.

Tu connais ton peuple.

Et pour tenter d’atténuer le poids de ces exactions, pour raviver cette image de messie que tu t’efforces d’entretenir, tu avances des preuves concrètes. Il y a l’échangeur de Bambéto, bien sûr. Mais surtout, il y a ton argument imparable : Simandou.

Autour de cette montagne de fer, tu construis un récit. Un projet démesuré, projeté vers 2040, censé racheter le présent par la promesse d’un avenir radieux. Le temps, cependant, te manque. Et tu le sais. C’est là, peut-être, ta seule porte de sortie crédible, le seul levier capable de faire accepter ce futur parjure que tu prépares en silence. Alors tu accélères. Trop vite sans doute. Entouré d’hommes inexpérimentés dans la gestion d’un tel chantier, tu choisis la vitesse au détriment de la rigueur, prenant le risque de sacrifier le fond pour hâter l’annonce. Le contrat, long de « 14 kilomètres », demeure une énigme. Personne ne sait vraiment ce qu’il contient. Mais le discours, lui, est rodé, martelé ad nauseam. Le directeur du projet, Djiba Diakité, promet des milliers d’emplois. Mais la réalité, qui n’a que faire des paroles proférées en l’air, se montre plus cruelle. À peine quelques semaines après le lancement, ce ne sont plus des promesses qui s’envolent, mais des emplois bien réels par milliers.

Évidemment, tout cela n’est pas bien grave. Du moins, pas encore. Le temps t’a déjà offert ce qu’il fallait pour consolider tes premiers appuis. Ici et là, tu as su rallier des partisans, y compris parmi ceux qui, trois ans plus tôt, t’adressaient leurs plus sévères réquisitoires. Les convictions, on le sait, s’assouplissent vite lorsqu’elles croisent le canapé du confort.

Tu as ouvert les coffres, distribué de l’argent, des voitures et des villas avec la précision d’un homme qui connaît la valeur du silence et le prix de la loyauté achetée. À ces figures sans autre mérite que leur docilité, tu as offert l’illusion d’exister autrement que dans l’ombre du pouvoir. Et elles ont accepté. Elles ont courbé l’échine.

Ainsi se dessine, pierre après pierre, l’ossature de ton parjure. Elle est chancelante et fragile sous le poids de ses propres contradictions, mais elle est là, bien présente. Et elle fera l’affaire. Elle le fera car même sans discours officiel adressé à ton peuple, il acquiescera ta candidature à l’élection présidentielle du 28 décembre 2025. Il ne manifestera aucune forme d’opposition. Mieux (ou pire selon le point de vue), il ne te demandera aucun compte. Ni sur hier, ni sur aujourd’hui, encore moins sur demain. Le temps aura fait son œuvre, l’usure aussi.

Tu connais ton peuple. Tu sais qu’il préfère l’attente à l’affrontement. Affamé, pauvre, résigné et désabusé, son réel intérêt réside moins dans la vie politique de son pays que dans son combat quotidien pour subvenir à ses besoins élémentaires.

Ce dimanche, tu remporteras à n’en point douter cette élection. Mais, qu’en est-il de la confiance érodée ? Qu’en est-il de cette peur devenue ordinaire, de cette répression qui continuera de structurer ton pouvoir ? Au regard de ton parcours, as-tu réellement les compétences minimum pour diriger un pays ?
 

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