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Présidentielle 2025 en Guinée : analyse d’une campagne sans enjeu politique

• 5 février 2026 • Mamadou Kossa CAMARA

⏳ 31 min de lecture

Présidentielle 2025 en Guinée : analyse d’une campagne sans enjeu politique

Cette campagne a surtout été la manifestation d’un rejet d’une partie importante de l’électorat, convaincue que l’élection était déjà jouée.

Le samedi 27 septembre, Mamadi Doumbouya, alors président de la transition, prend un décret ouvrant la campagne présidentielle. Celle-ci s’est déroulée du vendredi 28 novembre au jeudi 25 décembre 2025 sur l’ensemble du territoire national. Neuf candidats étaient en lice, dont le général Mamadi Doumbouya. Dans le même temps,  plusieurs ténors de l’opposition, notamment Cellou Dalein Diallo, Lansana Kouyaté, ou encore Dr Ousmane Kaba, ont purement et simplement été écartés. Un boulevard était ainsi ouvert à Mamadi Doumbouya pour remporter le scrutin. Il convient néanmoins de signaler que la Cour suprême a statué sur l’irrecevabilité des candidatures de Lansana Kouyaté, Dr Ousmane Kaba et bien d’autres, indiquant clairement les manquements de leurs dossiers de candidature. Et parce que les concernés n’ont pas réagi, il y a lieu de tempérer le caractère strictement politique du rejet de certaines candidatures.

La grande nouveauté de cette campagne était l’octroi d’une subvention de 2 milliards de francs guinéens à chaque candidat pour la conduite de la campagne électorale, alors que la caution était fixée à 900 millions de francs guinéens. Chaque candidat bénéficiait donc mécaniquement d’un gain net de plus d’un milliard de francs guinéens, et ce, quel que soit le score obtenu. La Cour des comptes guinéenne ne s’est pas exprimée sur cette mesure et le flou persiste quant au contrôle des dépenses de campagne et aux outils dont elle dispose pour y parvenir, dans un pays où l’argent liquide circule abondamment, rendant difficile pour l’État la prévention de tout détournement de fonds publics à des fins d’enrichissement personnel.

Or, des candidats comme Abdoulaye Kourouma (Rassemblement pour la renaissance et le développement, RRD), Elhadj Bouna Keïta (Rassemblement pour une Guinée prospère, RGP) ou Mohamed Chérif Tounkara (indépendant) ont démontré durant la campagne un véritable génie de la démobilisation. Abdoulaye Kourouma était même quasi inexistant. Hadja Makalé Camara (Front pour l'Alliance nationale, FAN) parvenait à mobiliser à peine un quartier, tandis qu’Ibrahima Abé Sylla (Nouvelle génération pour la République, NGR) est resté tout aussi effacé. En revanche, Faya Millimono (Bloc Libéral, BL) et Mohamed Nabé (Alliance pour le renouveau et le progrès, ARD) ont réussi quelques micro-mobilisations, notamment à Banankoro, dans la préfecture de Kérouané, pour Mohamed Nabé. Quant à Faya Millimono, dont le directeur de campagne adjoint a été porté disparu en pleine campagne, une première en Guinée, il a fait preuve d’un certain courage à travers des discours audacieux et des critiques ouvertes envers l’exécutif.

Cette analyse portera exclusivement sur la campagne menée par la GMD, Génération pour la Modernité et le Développement, le mouvement politique soutenant le candidat indépendant Mamadi Doumbouya, et par le FRONDEG, Front démocratique de Guinée, le parti politique d’Abdoulaye Yéro Baldé. Le choix de ces deux candidats s’explique par les scores obtenus à l’élection présidentielle, 86,72 % des suffrages pour Mamadi Doumbouya et 6,59 % pour Abdoulaye Yéro Baldé.

Il faut rappeler d’emblée que le candidat Mamadi Doumbouya n’a mené aucune campagne directe. Il s’agissait plutôt d’une campagne par procuration, entièrement déléguée à son directoire de campagne. Sa seule apparition publique intervient quatre jours après le début de la campagne, le mardi 2 décembre, aux environs de 22 heures. On le voit dans une vidéo, vêtu de blanc, portant l’effigie de son mouvement politique, avec des inscriptions en vert kaki clair et en lettres capitales rappelant les codes militaires en Guinée, “Mamadi Doumbouya Président”. On y lit également en capitales “Bâtir ensemble”. Devenu très à la mode, depuis l’élection d’Emmanuel Macron en France, le mot “ensemble” est utilisé dans toutes les sauces : dormir ensemble, manger ensemble, grandir ensemble, gouverner ensemble. Il est désormais complètement vidé de sa substance et consommé par des foules peu mobilisées.

GMD campagne.jpegPartout apparaissent également les cinq étoiles accompagnées de l’abréviation GMD, en référence au général Mamadi Doumbouya. Cela rappelle fortement la confusion entre le projet Simandou et le programme Simandou. Il y a le GMD, Général Mamadi Doumbouya, et la GMD, Génération pour la Modernité et le Développement. L’équipe de campagne aurait gagné à se passer d’un tel amalgame. En définitive, la figure militaire demeure très fortement présente dans l’ensemble des références graphiques de la campagne, or c’est tout l’inverse de la volonté affichée par le président Mamadi Doumbouya qui a manifesté l’envie de renouer avec la vie civile.

Les Guinéens n’ont pas exprimé de grande ferveur populaire 

Le paradoxe concernant le grade du président Mamadi Doumbouya tient au fait qu’il a été interdit à tous, y compris aux ministères, d’en faire mention dans leurs communications. Seule l’appellation Président Mamadi Doumbouya devait être utilisée. On ne parle donc plus de “Général Mamadi Doumbouya, Président de la République, Chef de l’État”, comme cela apparaissait encore sur un chevalet lors du Conseil des ministres du 14 novembre 2025, mais plutôt de “S.E Mamadi Doumbouya, Président de la République, Chef de l’État”, comme on peut le constater sur le chevalet placé devant lui lors du Conseil des ministres du 11 décembre 2025. La volonté de passer à la vie civile et de rentrer dans une normalité républicaine était donc clairement affichée.

En effet, il a été acté de l’appeler désormais Président Mamadi Doumbouya. La messe est dite. Le général de corps d’armée, grade obtenu en janvier 2024, lorgne la vie civile. Il quitte la tête du commandement des Forces spéciales la même année, nomme le colonel Mouctar Kaba à la tête de ces forces, puis le promeut au grade de général d’armée. Ce passage de commandement aurait mérité une large communication pour entraver les potentielles fausses informations et les tentatives de surinterprétation, car bon nombre de Guinéens pensent encore aujourd’hui qu’il est le patron des Forces spéciales. 

Ainsi, les cinq étoiles inscrites sur toutes les effigies de campagne et l’interdiction de faire référence au grade de général dans les communications officielles apparaissent comme totalement incohérentes. Or il ne s’agit là que d’une première erreur.

La deuxième erreur était le retranchement du candidat Mamadi Doumbouya au palais, sans aller au contact direct de la population ni occuper le terrain. Il a laissé cette tâche au Premier ministre et aux membres du gouvernement. Ce choix a été perçu par des acteurs de la société civile comme un manque de respect envers la population. On a alors reproché au candidat Mamadi Doumbouya de donner l’impression que tout était joué d’avance, et que le vote n’était de fait plus qu’une simple formalité, une énigme qui n’en était plus une.

Le lundi 15 décembre, lors d’une conférence de presse tenue à Labé, le Premier ministre démissionnaire puis reconduit (pour rester dans une sémantique et un tropisme français) et directeur national de campagne, Amadou Oury Bah, a tenté d’expliquer les raisons du maintien du président au palais. Répondant à la question d’un journaliste, il a déclaré : « Ce n’est pas facile de sillonner tout le pays pour un candidat en situation de responsabilité. Cela créerait d’emblée de grands déséquilibres. Un candidat qui est en même temps en situation de responsabilité et qui doit respecter le principe d’équité vis-à-vis des autres candidats, avouez que ce n’est pas facile. Mais je pense que d’ici la fin de la campagne, il aura l’occasion de sillonner certaines grandes agglomérations de notre pays. Son agenda à ce moment-là vous sera communiqué. »

Cette déclaration, pour le moins tirée par les cheveux, contient sa propre contradiction. D’un côté, le candidat ne pourrait se déplacer pour des raisons présentées comme liées au respect de l’équité, et de l’autre, il serait amené à se déplacer avant la fin de la campagne. Le Premier ministre évoque par ailleurs l’existence de grandes agglomérations, alors qu’il n’en existe pas à proprement parler en Guinée mais en France, où l’on parle plutôt de communautés d’agglomération, une catégorie d’établissement public de coopération communale. On peut, à ce titre, excuser l’influence de son parcours et de sa culture administrative française.

Les Guinéens n’ont pas exprimé de grande ferveur populaire, contrairement à ce que l’on observait lors des précédentes campagnes présidentielles de 2010, 2015 et 2020. Lorsque Cellou Dalein Diallo tenait des meetings, c’est toute une capitale qui se retrouvait paralysée. Lorsque Alpha Condé rassemblait ses militants, c’est le Palais du peuple qui craquait. La nostalgie de ces grands rendez-vous politiques restait encore vive dans les consciences, car aucun candidat n’est parvenu à mobiliser ne serait-ce que la moitié de ces foules.

GMD élections.jpegC’est à Kankan que la GMD est parvenue à réaliser une mobilisation à la hauteur d’une campagne présidentielle. Pour le reste, et comprenant le risque d’une mauvaise publicité, les équipes du mouvement politique ont décidé de privilégier les rassemblements en intérieur, dans des bâtiments accueillant du public. À N’zérékoré, Sangaredi, Timbo, Télimélé, Labé, Matam, malgré la présence sur scène de Johanna Barry et Takana Zion, ainsi que dans bien d’autres localités du pays, la mobilisation est restée timide. Depuis 2010, jamais une campagne présidentielle n’a été aussi morose et n’a suscité un désintérêt aussi manifeste de la part de la population, y compris des grands médias comme Africa24, qui avait pourtant installé en 2015 ses équipes à Conakry, précisément à l’hôtel Riviera Royal de Kaloum, d’où étaient réalisées les émissions consacrées à la présidentielle.

Ce que la démobilisation nous enseigne de l’effet halo

Même si le portrait de Mamadi Doumbouya trônait à chaque coin de rue, malgré toute la puissance publique et les moyens colossaux mobilisés pour battre campagne, il faut dire sans ambages que la montagne a accouché d’une souris. Les Guinéens, du moins une part importante de la population, ont manifesté leur désintérêt vis-à-vis de la campagne, préférant la Coupe d’Afrique des Nations à une cérémonie perçue comme de la légitimation orchestrée, où les huit autres candidats semblaient avoir été castés pour faire de la figuration. D’ailleurs, lors d’un meeting de la GMD à Siguiri, le ministre des Affaires étrangères, Dr Morissanda Kouyaté, a qualifié les huit autres candidats de « porteurs de bagages ». En d’autres termes de simples accompagnateurs. Ces propos relèvent du secret de Polichinelle, tant de nombreux observateurs, y compris une partie de l’opinion publique, partagent cette analyse.

S’il est impossible de parler d’échec en matière de mobilisation pour la GMD, il serait juste d’affirmer que la campagne a surtout été la manifestation d’un rejet d’une partie importante de l’électorat, convaincue que l’élection était déjà jouée. Comme l’exprime Mohammed, futur médecin, dans un entretien accordé au journal Le Point du 27 décembre 2025 : « Que tu votes ou non, le général sera de toute façon élu ».

D’un point de vue strictement communicationnel, le site internet du mouvement, gmd-be.gn, est bien conçu. Il est lisible et ne s’encombre pas d’une masse d’informations que peu de personnes prendraient le temps de lire. Sur la page d’accueil, le projet de société est proposé en téléchargement et sa mise en page est soignée. Une rubrique vision revient sur les trois piliers économique, social et politique. Dans la rubrique bilan, les réalisations dans les domaines de l’éducation, de la formation, de la santé, de l’économie et de la gouvernance sont mises en avant. L’intégration d’un chatbot constitue également une bonne initiative et les réponses fournies sont globalement pertinentes, bien qu’exclusivement centrées sur le bilan du candidat Mamadi Doumbouya.

Sur les réseaux sociaux, le mouvement bénéficie d’une plus grande portée sur Facebook, TikTok et LinkedIn que sur X, Instagram et YouTube. Les messages ne sont pas suffisamment relayés et l’on observe davantage de photos et de vidéos de la campagne que de contenus mettant réellement en avant le projet de société pourtant valable. La GMD n’a donc pas été efficace dans la communication autour de ce projet.

Lors d’un déplacement à Kassa, le directeur du pôle communication de la GMD et ministre de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat (également démissionnaire), Moussa Moïse Sylla, est accueilli par une foule entonnant des chants historiquement dédiés à Alpha Condé. En soussou, ces femmes chantent : mets-le-moi sur mon dos, mets Doumbouya sur mon dos et je vais le porter jusqu’à Sekoutoureyah (ancien palais présidentiel). Dans ces chants, le nom d’Alpha Condé est simplement remplacé par celui de Doumbouya. Cela en dit long sur les imaginaires politiques encore à l’œuvre. La figure d’Alpha Condé demeure présente dans l’opinion publique. Diffuser une telle séquence constitue donc une erreur de communication, car Alpha Condé a été renversé par Mamadi Doumbouya le 5 septembre 2021 et, en règle générale, une campagne évite ce type de référence, sauf à entériner la persistance de cette figure dans la conscience collective.

Inutile d’énumérer ici l’ensemble des failles en matière de communication, tant cela nécessiterait de longues pages supplémentaires. Il convient toutefois de souligner la présence massive d’agents publics dans la campagne de la GMD, alors qu’ils sont tenus à un devoir de réserve et ne devraient ni utiliser ni détourner les moyens de l’État à des fins électoralistes. A ce propos, au vu des images, il faut noter l’usage de moyens privés, en matière de déplacement. Aucun véhicule administratif n’a été aperçu durant la campagne. 

Toutefois, sur le plan strictement technique, les vidéos diffusées par la GMD portent clairement la marque d’un montage issu des services de la présidence, tant le style est identique. Les photographies présentes sur le site internet avaient d’ailleurs été initialement publiées sur les réseaux sociaux de la présidence. La frontière entre communication institutionnelle et communication politique demeure floue et insuffisamment respectée. Or, pour l’intérêt général et le bien public, cette distinction devrait être strictement encadrée par une disposition réglementaire.

Le clip de présentation du candidat Mamadi Doumbouya est bien réalisé, mais il se limite à des éléments déjà connus des Guinéens. Il aurait été plus pertinent d’aborder sa biographie sous un angle moins convenu, en mettant en lumière des aspects méconnus de son parcours, non seulement le militaire de carrière, mais aussi le père de famille, l’aventurier ou encore le patriote, sans verser dans un populisme de surface. La voix off de Mohamed Banks Bangoura est parfaitement adaptée. Les chansons de campagne sont également de bonne facture, mais celle d’Azaya se distingue nettement par son ton, son rythme, la qualité de ses paroles et l’émotion qu’elle suscite. Elle est suivie par la musique de Fodé Baro intitulée Fama Kè.

Tout au long de la campagne, notamment à l’intérieur du pays, de nombreux délégués ont été aperçus menant leur propre campagne, mobilisant des foules à leur profit, circulant dans de belles voitures, provoquant des défilés motorisés à leur bénéfice et allant jusqu’à faire imprimer des affiches à leur effigie. Les soutiens de Mamadi Doumbouya se livraient à une véritable guerre par blogueurs interposés, chacun cherchant à démontrer sa capacité à mobiliser davantage que les autres. Les partisans du candidat Mamadi Doumbouya étaient ainsi divisés en clans et versaient constamment dans l’esbroufe.

Il y avait, d’un côté, la GMD et, de l’autre, l’ADP, l’Alliance Doumbouya Président, dont Aboubacar Sylla, éternel transfuge politique, assurait le rôle de porte-parole. L’ADP, malgré la trentaine de partis politiques et les deux cent cinquante mouvements de soutien qu’elle revendiquait, s’est révélée incapable de mobiliser réellement. Fait notable, le polémiste Makanera Kaké a été complètement invisibilisé et rendu politiquement inexistant durant la campagne.

Les conflits de pouvoir autour du candidat Mamadi Doumbouya révélaient également une chaîne de décision défaillante et des ambitions personnelles très prononcées, notamment en vue d’une place dans le premier gouvernement de la Cinquième République.

Cet article aurait également pu aborder l’irruption dans la campagne de la famille du candidat président Mamadi Doumbouya, ainsi que les instructions données par le ministre des Affaires étrangères, Morissanda Kouyaté, à l’ambassade de Guinée en France, visant à la mise en place d’un directoire de campagne Europe France en faveur du candidat à l’élection présidentielle, Mamadi Doumbouya, instructions qui ont donné lieu à une publication officielle le 29 novembre 2025 sur la page Facebook de l’ambassade et supprimée depuis.

Par ailleurs, la campagne avait des allures de cérémonie de légitimation, ce que le candidat Abdoulaye Yéro Baldé a d’ailleurs laissé transparaître dans l’ensemble de ses prises de parole. Dans certains milieux, il est même fait état de l’existence d’un accord tacite entre le président Mamadi Doumbouya et Abdoulaye Yéro Baldé, visant à donner un blanc-seing à la campagne, autrement dit à lui conférer une forme de crédibilité par la simple participation. Les événements des prochains jours voire des prochains mois confirmeront ou infirmeront ces bruits de couloir. 

Yéro et la symbolique de l’UFDG

Deux semaines avant le lancement officiel de la campagne, le 14 novembre 2025, le candidat Abdoulaye Yéro Baldé apparaît dans une vidéo dans laquelle il appelle les Guinéens à le rejoindre. Problème, son message est brouillé par un fond sonore inspirant la tristesse, une gestuelle complètement saccadée et un charisme quasi inexistant. Il parlait quasiment comme un robot.

Abdoulaye Yéro Baldé gagnerait à travailler très durement pour donner une image de lui qui prend un sens politique. Un leader politique se doit d’être charismatique au sens de Pierre Bourdieu. Le diable du charisme, comme l’explique Bourdieu, se trouve dans les détails de la communication. C’est-à-dire la force du discours, la force de l’image mais aussi et souvent, la posture, la prestance. Ce n’est pas un caractère nécessairement inné et il se travaille.

Dans cette partie de l’analyse, il sera question de l’univers graphique du FRONDEG, de la campagne menée sur le terrain, du projet de société publié et des interventions dans les médias puis sur les réseaux sociaux. Donc, le volet communication et mobilisation seront passés en revue. 

Sur le logo du parti, on distingue un oranger, la carte de la Guinée en arrière-plan et une inscription circulaire en lettres capitales sur laquelle on peut lire « Front démocratique de Guinée », avec le sigle FRONDEG centré en bas. L’ensemble est décliné dans une dominante orange. Deux remarques s’imposent.

La première concerne le choix même du nom du parti. Le terme « Front » est historiquement associé à des mouvements citoyens contestataires, apparus dans des contextes de conflits ouverts, de guerres ou de résistance. Il connaît son essor au XXe siècle et relève d’une sémantique d’origine militaire. Le mot renvoie le plus souvent à une coalition, comme le Front national pour la défense de la Constitution en Guinée (2019), le Front populaire en France (1936), le Front de libération nationale en Algérie, le Front patriotique rwandais ou encore le Front national, parti d’extrême droite française devenu le Rassemblement national.

Le FRONDEG semble ainsi être resté ancré dans le XXe siècle et n’avoir fait preuve d’aucune véritable réflexion stratégique. Il s’inscrit également dans la continuité des partis traditionnels aux dénominations parfois kilométriques, à l’image de l’Union des Forces démocratiques de Guinée (UFDG). À cet égard, l’influence du parti dirigé par Cellou Dalein Diallo était omniprésente dans la campagne menée par Yéro Baldé. Le FRONDEG veut incarner la rupture, alors même que son nom renvoie clairement au « monde d’avant ».

La deuxième remarque porte sur une possible filiation graphique. Lorsque l’on juxtapose les logos du FRONDEG et de l’UFDG, le constat du copier-coller saute immédiatement aux yeux. Le logo du FRONDEG apparaît comme une version remaniée de celui de l’UFDG, à une différence près : l’ajout de la carte de la Guinée. Cette dernière constitue la principale innovation du parti, même si, au fond, elle n’apporte rien de significatif en termes de symbolique. Ce logo est même old school.

Le 30 novembre, le FRONDEG a lancé sa campagne sur le terrain de Lambanyi. Contrairement aux annonces relayées sur les réseaux sociaux par les équipes du candidat, à grand renfort de superlatifs, la mobilisation était en réalité modeste. À cette faible affluence s’est ajouté un discours du candidat particulièrement fade. L’intervention prononcée manquait de souffle et d’engagement, abordant des thématiques telles que l’éducation, la santé, la sécurité ou les infrastructures de manière on ne peut plus banale. « Dieu a doté notre pays de tous les atouts : nous avons l’eau, nous avons la terre, nous avons les mines, nous avons tout ce qu’un pays peut avoir sur cette terre. Donc, il n’y a pas de raison que les Guinéens soient pauvres », a déclaré Yéro Baldé lors de son meeting. Un propos sans relief, sans âme, d’une banalité confondante.

Quand la campagne électorale révèle la crise du contradictoire

Il convient toutefois de souligner que Yéro Baldé avait appelé, à Lambanyi, à l’organisation d’un débat public entre candidats. Ce débat n’a finalement pas eu lieu, mais l’initiative mérite d’être saluée. Une telle confrontation aurait dû être organisée par la Radio Télévision Guinéenne, média d’État, ainsi que par les médias privés, lesquels ont pourtant bénéficié d’une subvention de l’État guinéen pour la couverture de la campagne. Cette situation illustre une fois de plus l’importance de la pluralité des médias et de la liberté d’expression, largement absentes des débats publics.

Le paysage médiatique guinéen est aujourd’hui orphelin de l’émission Les Grandes Gueules, la seule tribune politique capable de susciter de véritables débats contradictoires et de mettre les candidats face à leurs responsabilités, là où d’autres médias se contentent de jouer les punching-balls. Dans un contexte où la parole publique est étroitement verrouillée par les autorités, où les principaux médias sont fermés et leurs licences retirées, toute expression médiatique, du moins pour ce qu’il en reste, devient extrêmement difficile. Il appartient donc à Mamadi Doumbouya, désormais élu président de la République, de jouer la carte de la libre expression des idées et des opinions et d’une effectivité de la parole médiatique. Car c’est dans la contradiction que la République peut se renforcer, que les citoyens pourront se sentir pleinement investis dans la Guinée de demain, celle qui s’élève au-dessus de toute considération ethnique et communautaire.

Pour poursuivre l’analyse de la campagne menée par Yéro Baldé et ses équipes, il faut rappeler que les seules mobilisations dignes d’une campagne présidentielle ont eu lieu à Kankan et à N’Zérékoré. Pour le reste, comme le montrent le journal de campagne de la RTG ainsi que des photos et vidéos amateurs, il s’agit essentiellement de micro-mobilisations. Il est d’ailleurs courant, pour l’ensemble des partis politiques, de recourir à des plans serrés lorsqu’il n’y a pas suffisamment de participants, afin de donner l’illusion d’une foule et d’un effet de masse.

Si le discours de Yéro Baldé, prononcé en maninka à Kankan, a été très bien accueilli, c’est notamment parce qu’il s’exprimait dans une langue qui n’est pas « la sienne », bien qu’il ait grandi dans un environnement mandingue. Né en Côte d’Ivoire, il ne maîtrise pas le maninka comme langue maternelle. En revanche, sa prise de parole à Timbi-Madina a mis en lumière un handicap plus sérieux, son incapacité à s’exprimer correctement dans sa langue maternelle, le poular. Il aurait été plus pertinent de sonder la population locale afin de recueillir son appréciation du discours, elle qui est habituée à des allocutions claires et structurées en poular de la part d’hommes et de femmes politiques comme Cellou Dalein Diallo.

Cette intervention a également révélé une certaine impréparation. Le candidat ne maîtrisait pas pleinement les sujets abordés, alors qu’un travail préalable aurait suffi pour connaître, par exemple, le nombre exact de tonnes de pommes de terre produites à Timbi-Madina. Si certains internautes ont formulé des critiques moqueuses et parfois sévères, d’autres se sont montrés plus indulgents. Il n’en demeure pas moins qu’il est urgent, si Abdoulaye Yéro Baldé ambitionne de s’inscrire durablement dans la vie politique, qu’il maîtrise aussi sa langue maternelle.

S’agissant du projet de société du FRONDEG, celui-ci a été fièrement diffusé sur les réseaux sociaux et publié sur le site internet frondeg.org, avant de disparaître rapidement sans la moindre explication. Un début de réponse peut toutefois être trouvé dans deux observations formulées par docteur Abdoulaye Barry, spécialiste en santé publique et médecin généraliste, et Mory Saifoulaye Diabaté, économiste et spécialiste en analyse de données, tous deux membres du magazine et de l’association Les Concernés.

Face à l’absence quasi totale de débats durant la campagne, ce magazine d’analyse a décidé de lancer l’émission Au cœur de la présidentielle, consacrée à l’analyse des projets de société des candidats. Des directeurs de campagne et des responsables de communication des partis y sont invités afin de confronter leurs propositions. Le 16 décembre, le directeur de campagne du FRONDEG, y a pris part. Au cours de l’émission, Docteur Abdoulaye Barry a démontré que le volet santé du projet de société d’Abdoulaye Yéro Baldé était à la fois inapplicable et largement déconnecté des réalités du terrain.

Le programme politique qui lève le vernis d’une absence de rigueur

Dans son analyse, le médecin est revenu sur l’une des promesses phares du FRONDEG, la construction de deux mille centres de santé en cinq ans. Or, selon les données de 2022 de l’Institut national de la statistique de Guinée, le pays ne compte actuellement que quatre cent trente-quatre centres de santé. L’écart est donc considérable. Il ne suffit pas de bâtir des infrastructures, encore faut-il les équiper et les rendre opérationnelles. C’est là que réside tout le paradoxe du projet.

La Guinée ne dispose aujourd’hui que d’environ mille trois cents médecins et mille neuf cents infirmiers et infirmières. De surcroît, la formation d’un médecin requiert au minimum huit années et celle d’un infirmier environ trois ans. En érigeant deux mille centres de santé en cinq ans, le pays risquerait de se retrouver avec des infrastructures fantômes et un gaspillage de ressources publiques, faute de personnel qualifié pour les faire fonctionner. Plus préoccupant encore, de nombreux centres de santé existants souffrent déjà d’un manque criant de médecins.

À titre de comparaison, la GMD promet la construction, sur une période de sept ans, cent centres de santé et quatre hôpitaux régionaux. Ce projet apparaît, de loin, plus réaliste que celui du FRONDEG, jugé excessivement ambitieux, voire irréalisable par l’expert en santé publique, Docteur Abdoulaye Barry.

Le FRONDEG s’engage également à créer une couverture maladie universelle et des régimes d’assurance santé pour les travailleurs du secteur informel à l’aide d’un Registre social unique destiné à cibler les ménages vulnérables et à rationaliser les aides. Or, à aucun moment de la campagne, le parti n’a expliqué comment ce régime serait financé, quels mécanismes de paiement seraient mis en place ni quels services seraient couverts. Le flou demeure total et les interrogations soulevées par Dr Barry restent sans réponse.

Sur le volet économique, Mory Saifoulaye qualifie le projet économique du FRONDEG d’expansionniste, dans la mesure où le parti prône un État très présent. Si le programme économique apparaît cohérent dans son architecture, sa faisabilité budgétaire est en revanche sérieusement mise en cause. En effet, le FRONDEG entend réduire le train de vie de la présidence de la République et des ministères afin de financer son programme, en réalisant trois mille milliards de francs guinéens d’économies annuelles, soit environ 10 % de réduction des dépenses publiques, alors que ce type d’effort budgétaire se situe habituellement entre 3 et 5 %.

À l’analyse du programme, il ressort une contradiction majeure. D’un côté, le FRONDEG ambitionne de réaliser d’importantes économies ; de l’autre, il prévoit des dépenses significatives à travers la création de nouveaux établissements publics. Comment le parti compte-t-il financer ces ambitions tout en réduisant simultanément le train de vie de l’État ? Telle est l’interrogation formulée par l’expert en analyse de données, Mory Saifoulaye.

Le FRONDEG disposait pourtant d’une réelle opportunité pour mener une campagne ambitieuse et déployer une communication innovante. Tel n’a pas été le cas. Les interventions médiatiques du candidat Abdoulaye Yéro Baldé, notamment sur TV5 Monde et dans Jeune Afrique, révèlent un manque manifeste de media training, voire une absence notoire d’un certain charisme médiatique. Le mardi 2 décembre, sur le plateau du journal Afrique de TV5 Monde, sa gestuelle répétitive, son ton martelé et ses déclarations approximatives donnent lieu à un moment de télévision révélateur. La présentatrice lui pose deux questions factuelles, qu’il élude, alors qu’il s’agissait d’une occasion de se distinguer et de prendre clairement position sur des sujets majeurs.

Présentatrice : « Comment voyez-vous la mise hors de course de grandes figures politiques comme Cellou Dalein Diallo, Sidya Touré ou encore Aliou Bah ? » 

Abdoulaye Yéro Baldé : « Moi, je suis un démocrate convaincu. J’aurais préféré qu’ils soient présents à cette compétition. C’est pour cela que je me bats avec mes équipes pour que la démocratie soit une réalité en Guinée et que tout le monde puisse avoir accès aux compétitions électorales, de façon libre et transparente. »

À la faveur de cette question, il aurait pu, par exemple, réclamer la libération d’Aliou Bah, détenu depuis plus d’un an, et adopter une position plus ferme sur l’exclusion de ces personnalités politiques, mais aussi sur celle de Lansana Kouyaté, de Dr Ousmane Kaba, ou encore sur l’absence de Siaka Barry du territoire national. Tout semble indiquer que le FRONDEG émerge sur les cendres de l’UFDG et que la présence de ces figures majeures dans la course aurait totalement éclipsé Yéro Baldé. L’absence de ces leaders constitue ainsi, paradoxalement, un avantage politique. Comme le dit l’adage, la nature a horreur du vide.

Présentatrice : « Le président de la transition, Mamadi Doumbouya, se présente à cette élection et sera face à vous. Ce scrutin n’est-il pas un moyen pour lui de valider un pouvoir acquis à la suite d’un coup d’État ? »

Abdoulaye Yéro Baldé : « Peu importe ce qu’il veut faire de cette élection. Nous, nous allons à cette élection parce que nous sommes convaincus que les Guinéens feront le bon choix en se basant sur l’intégrité des candidats en lice, sur les projets de société et sur la vision que nous leur proposons pour l’avenir de la Guinée. Nous ferons en sorte que les Guinéens sortent massivement voter. C’est tout ce qu’on leur demande, ainsi que de sécuriser leur vote. »

La première et la dernière phrase de cette réponse sont particulièrement troublantes et s’apparentent à un aveu à peine voilé. Pour Yéro Baldé, l’essentiel semble résider dans la tenue du vote et dans la mobilisation électorale, indépendamment des conditions politiques dans lesquelles il s’inscrit. Dans l’opinion publique, nombreux sont ceux qui considèrent Yéro Baldé comme un candidat fabriqué. Son imprécision, son évitement et son caractère évasif sur des questions aussi fondamentales ne peuvent que susciter des interrogations légitimes.

En théorie, Yéro Baldé se présente comme un opposant à Mamadi Doumbouya, grand favori du scrutin du 28 décembre 2025. Pourtant, il ne formule aucune critique à l’égard du président de la transition, ne se prononce pas sur sa gouvernance et n’exprime aucune inquiétude quant à la transparence du processus électoral. Dès lors, la campagne prend davantage les allures d’une cérémonie de légitimation que celles d’une véritable confrontation démocratique.

Dans une interview vidéo accordée au magazine Jeune Afrique, diffusée le jeudi 4 décembre 2025, Abdoulaye Yéro Baldé ne s’est montré ni percutant ni pertinent. Il a soigneusement évité toute critique du président Mamadi Doumbouya.

Au regard de l’ensemble de ces interventions médiatiques, il convient de souligner que le candidat Abdoulaye Yéro Baldé gagnerait à suivre de nombreuses séances de media training. Ses prises de parole nécessitent un travail approfondi, tant sur le fond que sur la forme.

Le lundi 8 décembre, le FRONDEG organise un live sur ses pages Facebook et LinkedIn, avec Abdoulaye Yéro Baldé comme invité. Ce direct, d’une durée d’une heure et vingt et une minutes, s’est déroulé dans un format en face-à-face. D’un côté, un journaliste qui, ce soir-là, n’a pas véritablement joué son rôle, se contentant d’agir comme prête-nom dans un dispositif entièrement maîtrisé par le parti, jusque dans la formulation de questions volontairement complaisantes. Et de l’autre côté, un candidat qui semble impréparé.

En tentant de répondre aux questions des internautes, Yéro Baldé, à l’instar de ses prestations sur TV5 Monde, est resté à côté des sujets, sans réel engagement ni prise de position claire. À titre d’exemple, interrogé par Amadou Barry sur sa stratégie pour battre le président Mamadi Doumbouya, le président du FRONDEG a répondu : « Je dirais à Monsieur Barry qu’une stratégie se prépare longtemps à l’avance. Nous avons mis de notre côté tous les moyens possibles pour nous assurer de la victoire. C’est pourquoi nous appelons d’ailleurs les électeurs à sortir voter massivement dans le cadre du FRONDEG et surtout à être présents sur le terrain ». Il s’agit là d’une réponse dilatoire, caractéristique d’un exercice de langue de bois.

À une autre question posée par un internaute, Mamady Youla, Abdoulaye Yéro Baldé est demeuré très évasif, au point que l’intervieweur lui-même a laissé entendre que la réponse était insatisfaisante. Cette posture s’est répétée tout au long de la séquence. Même sur les questions économiques, la logorrhée politique a pris le pas sur toute tentative de clarification.

Ce format, présenté comme une innovation, n’en est en réalité pas une. L’UFDG y avait déjà recours, au moins depuis la campagne présidentielle de 2020. À cela se sont ajoutés des problèmes techniques notables, en l’occurrence un son de mauvaise qualité et des micros mal calibrés.

Une communication véritablement audacieuse aurait consisté à s’exposer à des formats plus exigeants où le débat peut se tenir, comme le podcast Dissidence, très suivi dans le pays bien que peu favorable aux discours politiques conventionnels, ou encore à des échanges avec de grands créateurs de contenus ou avec Les Concernés. Le contradictoire constitue en effet un puissant levier de communication politique. À l’inverse, rester dans une zone de confort ne traduit ni audace ni courage politique.

Les restrictions

En définitive, il aurait été pertinent de s’attarder sur les photographies officielles des candidats Mamadi Doumbouya et Abdoulaye Yéro Baldé, sur les messages véhiculés par leurs camps respectifs et sur leur capacité de mobilisation. Il apparaît clairement que la GMD s’est montrée plus professionnelle, mieux structurée, plus cohérente et davantage calibrée sur le plan communicationnel que le FRONDEG. Même en matière de programme politique, celui de la GMD semblait plus construit, plus ambitieux et plus réaliste.

L’absence de grandes figures politiques tout au long de la campagne s’est fait sentir du début à la fin. La morosité était palpable, le rejet perceptible et l’impréparation manifeste. Cette campagne présidentielle n’a aucun équivalent historique, ni du point de vue de la communication, ni de celui de la mobilisation populaire.

Les Guinéens ne semblent pas avoir été convaincus et la sanction est tombée le jour du vote, le dimanche 28 décembre : des bureaux de vote désertés, un calme absolu, aucun engouement. Les Guinéens sont restés chez eux. Même après la proclamation des résultats provisoires puis définitifs, aucune ferveur n’a été constatée, à l’exception d’un modeste défilé motorisé conduit par la famille du président Mamadi Doumbouya, dont l’exposition dans l’espace public pose des problèmes dans l’architecture institutionnelle de la Guinée. Car ces derniers n’ont aucun rôle officiel mais se montrent malgré tout très puissants et bénéficient in fine de moyens importants de la part de l’Etat. Cette situation pourrait rattraper le président Doumbouya s’il n’y prend pas garde.

L’organisation de cette campagne présidentielle était attendue et nécessaire. Il fallait absolument sortir de la transition, qui n’avait que trop duré et comportait également des risques de fragilisation, en raison de l’ambition du président déchu, Alpha Condé, de se venger et d’entraver ainsi le processus en cours.

Cette campagne constituait aussi une occasion pour les institutions du pays de se confronter à la mutation de l’opinion publique : plus rigoureuse, plus connectée, plus exigeante, plus lucide et davantage soucieuse de la qualité des services publics.

La coupure d’internet et la fermeture des frontières sont des pratiques révolues qui devraient demeurer dans les décombres de l’histoire. Il est inutile, lors de l’un des moments majeurs de l’expression démocratique, de couper internet et d’entraver les communications, alors même qu’aucune ingérence étrangère dans les élections n’a été démontrée. Ces pratiques, auxquelles l’administration a presque toujours eu recours, gagneraient à évoluer.

L’interdiction de circulation le jour du vote, sauf à disposer d’un laisser-passer, doit également évoluer. Une élection n’est pas un conflit, et ces méthodes de coercition devraient être réévaluées.

De nombreux défis se posent donc au président Mamadi Doumbouya pour les sept prochaines années. Parmi eux figurent notamment la communication de l’État et l’attractivité du pays. Un article sera prochainement consacré à la création d’une Direction de la communication de l’État et de l’intelligence économique (Dicie). Il plaidera également pour la suppression de la Cellule de communication du gouvernement ainsi que de Guinée Gouv, service d’information du gouvernement récemment créé et administré par des journalistes. Car notre pays a surtout besoin de compétence et de cohésion dans la déclinaison et l’implémentation de l’action publique. 
 

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Mamadou Kossa CAMARA

Mamadou Kossa CAMARA

Responsable du service communication de la ville de Lectoure (32) en France. Il analyse depuis 2020 ...

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