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Discours de l’An ou de victoire ? Mamadi Doumbouya rate son entrée inaugurale

À la une, Analyse, Décryptage • 5 janvier 2026 • Mamadou Kossa CAMARA

⏳ 7 min de lecture

Discours de l’An ou de victoire ? Mamadi Doumbouya rate son entrée inaugurale

Comme c’est le cas depuis trois ans, les adresses à la Nation se succèdent et se ressemblent, sans amélioration notable.

Le général Mamadi Doumbouya, président de la République de Guinée, s’est adressé à la Nation trois heures après la validation définitive des résultats de l’élection présidentielle du 28 décembre 2025 par la Cour suprême, plus haute juridiction de l’ordonnancement judiciaire du pays. Cette allocution a été retransmise « en direct » sur les canaux officiels de la présidence, de la télévision nationale ainsi que sur plusieurs sites d’information en ligne, le dimanche 4 janvier à 21 heures, heure de Conakry.

Dans son intervention, Mamadi Doumbouya s’est félicité de sa large victoire, avec 86,72 % des suffrages, et de son élection dès le premier tour. Il a mis en avant les rapports des missions d’observation internationales et remercié ses soutiens ainsi que les huit autres candidats en lice. Selon lui, leur participation « a enrichi le débat public et contribue à la vitalité de notre République ». Une affirmation pour le moins discutable, dans la mesure où aucun débat n’a eu lieu, ni entre les candidats, ni dans les médias, ni dans l’espace public. Seul le magazine Les Concernés a tenté d’instaurer un échange contradictoire en lançant une émission dédiée, Au cœur de la présidentielle, réunissant quelques équipes de campagne. Le journaliste de Parlement TV, Boubacar Koyla Diallo a même été suspendu pour une raison totalement fallacieuse par la haute autorité de la communication. La HAC reprochait au journaliste d’avoir animé une émission où « les intervenants ont manqué de neutralité entre les candidats en lice ». Le débat ne s'est donc pas tenu ; il a au contraire été empêché par une série de mesures et d'annonces tendant à intimider journalistes et médias.

Le chef de l’État a également exprimé sa reconnaissance envers ses équipes de campagne, les forces de sécurité, l’armée et l’ensemble des acteurs impliqués dans le processus électoral. Il a qualifié le scrutin de « belle réussite collective, témoignant de la maturité de notre processus de gouvernance participative ». Il faut noter qu'il a soigneusement évité le terme de « démocratie », lui préférant celui de « gouvernance participative », alors même que la centralisation et la concentration du pouvoir entre les mains d’un cercle restreint sont de notoriété publique. Le terme n'a pas été prononcé et c'est bien curieux, car l'élection présidentielle marque la fin d'une transition et l'entrée dans une normalité démocratique. L'élection en elle-même est constitutive d'un processus démocratique. Ne pas en parler dénote d'une gouvernance bien curieuse.

Dans un souci apparent d’apaisement, Mamadi Doumbouya a déclaré qu’« il n’y a ni vainqueur ni vaincu ; il y a qu’une seule Guinée, unie et indivisible ». Cette formule contraste fortement avec un score plébiscitaire dépassant les 80 % des voix. Il y a donc bel et bien un vainqueur, et très largement. Cette expression apparaît dès lors dénuée de sens et surgit comme un élément dissonant dans un discours globalement fade et convenu puisque lui-même avoue avoir gagné avec une majorité absolue.

Le nouveau président de la République a par ailleurs appelé les Guinéens de l’intérieur comme de la diaspora à « se rassembler pour bâtir ensemble une Guinée nouvelle, une Guinée de paix, de justice, de prospérité partagée et de souveraineté politique et économique pleinement assumée ». Or, dans un pays marqué par des disparitions forcées et des arrestations d’opposants, parmi lesquels le leader du parti MODEL, Aliou Bah, les militants Mamadou Billo Bah et Oumar Sylla, dit Foniké Mengué, ainsi que le journaliste Habib Marouane Kamara, sans oublier de nombreux anonymes, l’invocation de la justice sonne creux. La libération de l’ensemble des détenus politiques et d’opinion constitue un préalable indispensable à toute crédibilité en la matière. Quant à la souveraineté, devenue une rhétorique populiste usée, elle relève davantage de la fable dans un pays fortement dépendant, tant sur le plan civil que militaire, de ce qu’il importe et exporte. Ce vaste sujet mériterait à lui seul une analyse approfondie qui dépasse le cadre du présent article.

Évoquant l’absence de discours de fin d’année, Mamadi Doumbouya a expédié la question en ces termes : « En cette période de renouveau, le calendrier électoral ne m’avait pas permis de m’adresser au peuple lors du traditionnel discours de fin d’année. J’étais candidat, et le respect des institutions et du processus voudrait que nous adoptions une attitude républicaine ». Cet argument peut être aisément réfuté. Le discours de vœux n’entretient aucun lien direct avec le processus électoral. Il s’agit d’un exercice institutionnel auquel Mamadi Doumbouya est «rompu », un rendez-vous annuel avec les Guinéens destiné à dresser le bilan de l’année écoulée et à rappeler le chemin parcouru. Depuis le coup d’État du 5 septembre 2021, c’est toujours en tant que chef de l’État qu’il s’adresse à la Nation le 31 décembre. On peut dès lors s’interroger sur les raisons pour lesquelles il n’a pas profité de son allocution du 4 janvier pour formuler de véritables vœux de Nouvel An, qu’il a expédiés en une ou deux phrases, comme s’ils revêtent peu d’importance, alors qu’il s’agit d’une tradition républicaine bien établie.

Dans l’ensemble, ce discours n’était pas à la hauteur de l’événement. Il n’était ni un véritable discours de victoire électorale ni un message de Nouvel An. Comme c’est le cas depuis trois ans, les adresses à la Nation se succèdent et se ressemblent, sans amélioration notable. Comment comprendre, autrement, qu’un président dont l’élection venait d’être validée apparaisse avec un visage figé et grave, sans qu’aucune joie ni aucun sourire ne transparaissent ? Le ton était monotone, les gestes saccadés.

Le cadre retenu pour cette allocution était identique à celui de l’année précédente, alors même que le pays venait de connaître un nouveau tournant politique. Aucune rupture n’a été perceptible entre le président de la transition, le général qui récuse pourtant cette appellation, et le nouveau président de la République. La figure militaire demeure omniprésente, malgré la tenue civile, dans la continuité de ses prises de parole à l’ONU en 2023 ou encore le 1er octobre 2024, à la veille de la fête de l’indépendance. Il est pourtant impératif que le Mamadi Doumbouya des quatre dernières années tranche clairement avec celui des sept années à venir. L’image du putschiste doit désormais céder la place à celle d’un président de la République, par ailleurs largement élu, dans des conditions que nombre d'observateurs qualifient de « sélection présidentielle ou encore de mascarade électorale ».

Par ailleurs, le palais présidentiel ne constituait pas un cadre approprié pour une telle allocution. Il aurait été préférable d’opter pour un lieu extérieur, au contact direct des Guinéens, des soutiens et des partisans du président Doumbouya. C’est dans ces conditions, devant les télévisions et radios nationales et internationales, qu’un véritable discours de victoire aurait dû être prononcé. Une telle occasion aurait également permis de décliner une vision claire et d’annoncer quelques grandes priorités du septennat à venir. Ni le cadre, ni les éléments accompagnant l’allocution, qu’il s’agisse de la tenue, du pupitre ou du dispositif avec la garde républicaine, ne se prêtaient à l’exercice ni ne répondaient à la solennité exigée par ce moment historique.

Il convient enfin de relever, comme l’ont souligné de nombreux internautes, que le rayon de soleil illuminant le hall ainsi que les multiples coupures visibles au montage (une faiblesse récurrente de la DCI depuis sa création), indiquent clairement qu’il s’agissait d’un enregistrement réalisé en plein jour. Cela laisse supposer, et c’est un euphémisme, que Mamadi Doumbouya et son entourage connaissaient déjà les résultats ainsi que la décision de la Cour suprême. La proclamation des résultats définitifs s’est ainsi apparentée à une cérémonie sans réel enjeu.

Il faut également regretter certaines fautes et mauvaises prononciations de Mamadi Doumbouya, notamment sur le mot « richesse ». La DCI a par ailleurs commis une erreur dans le visuel annonçant l’allocution, en indiquant 2025 au lieu de 2026. Cette confusion est compréhensible et fréquente dans les services de communication au début de l’année. La DCI a rapidement corrigé l’erreur, ce qui est à saluer.

L’allocution du président Doumbouya n’était pas diffusée en direct, et la DCI gagnerait à faire preuve de transparence sur ce point, car mentir délibérément nuit à sa crédibilité. Du reste, ce discours du 4 janvier apparaît globalement comme une occasion manquée, un rendez-vous raté avec l’histoire, une entrée inaugurale avortée.
 

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Responsable du service communication de la ville de Lectoure (32) en France. Il analyse depuis 2020 ...

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